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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Mer 9 Juil - 8:15




Deuxième semaine, jour premier


Il est 18h passé, le soleil déclin lentement vers l’horizon teintant peu à peu le ciel d’une palette de couleurs rouge-orangé. J’ai enfin terminé les cours pour la journée. Enfin ! Quel bonheur. Ce sentiment de liberté après chaque cours est vraiment une de mes sensations préférées et elle le restera, je le pense, jusqu’à la fin de mes jours. C’est donc le cœur léger que je me dirige vers le bungalow n°8 pour y déposer mes affaires.


« Missa je suis rentrée, tu viens avec moi au réfec… »


J’arrête de parler et balaye le bungalow du regard, ma colocataire n’était pas encore là. J’étais tout simplement seule dans ce bungalow pour deux personnes contenant toutes nos affaires disséminées çà et là. Il faudrait peut-être que l’on range un peu quand même… Bah pas le temps pour le moment. Présentement j’avais juste faim et ça tombait bien, il était justement l’heure de manger. Le temps de jeter mes cahiers de cours dans un coin pour vider mon sac, je repars derechef vers les cantines.

Déjà depuis l’extérieur, un fumet de nourriture a envahi l’air ambiant. D’après ce que je sens, ce soir c’est petits pois-carottes avec du cordon bleu. Ça aurait pu être pire. Pour le moment, je n’avais pas à me plaindre de notre alimentation : on mangeait bien et en grande quantité. Que demander de plus ? Peut-être un peu plus de variétés sur les desserts. Combien de fois avais-je eu envie d’un cookie ou d’un gros gâteau au chocolat ? De mon sac, je sors ma carte de cantine et commence à me diriger vers le réfectoire.


« A table ! » me dis-je en avançant d’un pas aérien.


Face à moi, une queue d’élèves affamés s’est formée. Je m’empresse de la rejoindre dans l’espoir de passer le plus vite possible. Les minutes passent et mon ventre me fait savoir son mécontentement dans un grognement terrifiant à plusieurs reprises. Courage, je suis bientôt à la machine pour la carte, après ça ira plus vite. Du moins c’est ce que je pensais… Mais la file d’attente ne diminue pas. Les élèves restent sur place à se pousser les uns les autres, impatients de manger. Pourquoi rien ne se passe comme prévu ?


Pousse-les, ils ne valent rien. Tu ne vas pas te laisser faire quand même ? Si tu as faim, mange. Et quel qu’en soit le moyen, tu le fais. Tu te souviens quand on était à la rue à fuir la police ? Tu te souviens de tout ce que tu as fait pour man…


« La ferme ! Juste ferme là ! » Criais-je en maintenant ma tête.


L’élève en face de moi me dévisage avec peur, son regard ne m’étonne même pas. J’ai l’habitude d’être perçu telle une folle, quelqu’un à enfermer. C’est toujours, toujours, toujours la même chose. Et la cause est toujours la même, un jour je me débarrasserai de toi Deadly. Je t’en fais la promesse.


« Qu’est-ce que t’as ? Tu veux ma photo ? Avance ! » Crachais-je venimeuse au jeune homme devant moi qui n’avait pas détaché son regard.


Il faut dire que mes nombreuses cicatrices n’aidaient pas non plus. Au moins, l’élève m’obéit et fit tout ce qu’il put pour pousser la foule et s’éloigner de moi. Je lâche un soupir ennuyé et croise les bras contre ma poitrine en fixant la baie vitrée donnant sur la cour à côté de moi. Je laisse mon esprit vagabonder dans l’imaginaire. Si j’avais été normale depuis le début, comment serait ma vie à présent ? Je suppose que je ne serais pas mutilée, que mes cheveux seraient encore bruns, que j’aurais encore mes parents…

Je sens les larmes monter à l’évocation de ce souvenir. Je chasse la buée de mes yeux d’un geste de main discret. Ce n’est pas le moment de craquer. J’avais un bon repas qui m’attendait, autant sourire pour lui au moins ! Enfin la file avance un peu, je suis le mouvement quand soudain je me fais ramener en arrière par une main inconnue. Je la repousse et me retourne vers son propriétaire.


« Hé ça va oui ?! » M’énervais-je





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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Mer 9 Juil - 17:13

Reika, Reika, je suis là ... ~




J'avais dormi une bonne partie de la matinée et de la journée. Ma première journée m'avait été offerte, puisque je venais de loin et que le voyage m'avait totalement fatiguée. C'était un geste généreux. On m'avait également remit mon premier dossier. Les deux autres allaient arriver bientôt, apparemment, puisque l'administration n'avait pas encore décidé quels internes seraient sous ma responsabilité, à part celui ou celle dont le nom était inscrit dans le dossier posé sur ma table de chevet. J'avais pu faire le tour de mon nouveau chez moi. Un grand bungalow pour trois personnes, mais j'étais la seule occupante pour le moment. C'est bien, ça me faisait un endroit spacieux rien qu'à moi. Mais j'étais trop fatiguée pour m'attarder sur ce fameux dossier. Etrange quand j'y repensais maintenant. J'étais excitée comme une puce à l'idée d'avoir un trouble grave de la personnalité à gérer. Je pouvais savoir si mon premier interne l'était ou pas, mais je m'étais gardé le suspense jusqu'à mon lever. Apparemment, il était quatorze heures. L'heure de prendre une douche, puisque hier soir, je n'ai même pas pris la peine de le faire.


J'étais toute joyeuse en ce début d'après-midi, début de journée pour moi. J'allais pouvoir me familiariser davantage avec les lieux, et peut-être même attaquer le boulot qui sait ! Je fixais l'enveloppe en revenant de ma douche, en petite culotte et chemise de nuit. Qui étais-tu, jeune adolescent ? Un garçon, ou une fille ? Pourquoi étais-tu ici ? Qu'est-ce qui t'a poussé à commettre tes crimes ? Regrettes-tu ? Veux-tu t'en sortir, ou est-ce qu tu te fiches totalement d'être ici ? Rah je n'en pouvais plus. Je m'assis sur le lit et sortit fébrilement le dossier de sa pochette. Je tremblais d'excitation. Ca y est, mon premier interne … Mon travail allait enfin débuter … Ma nouvelle vie commençait donc officiellement. Voilà … Je pouvais être fière de mon parcours. Ma petite sœur Seirin pouvait l'être aussi. Son épaulette, qu'elle m'avait offert durant mon service à l'armée. C'était très précieux, comme mon pendentif et mes bracelets de cuir. C'étaient mes seuls souvenirs physiques d'elle. Mais trêve de nostalgie, je n'allais quand même pas tuer dans l’œuf mon impatience ! Rien ne me retenait de découvrir le nom de celui ou celle que j'allais aider.


Il y avait une photo en haut à gauche, en couleur. C'était une fille aux cheveux roux, mais qui avaient l'air d'être une coloration … Ou peut-être pas ? Ce n'était pas une photo qui allait me permettre de deviner ça. Elle s'appelait Reika William. Classe B-5 … Attends une seconde, B-5 B-5 … C'était la classe réservée à qui déjà ? Ah mais ce ne serait pas … ? SI ! Une schizophrène ! Un cri strident de joie intense sortit avec vigueur d'entre mes lèvres. J'étais heureuse et toute folle. Mon dieu, une schizophrène ! Je n'aurai pas pu rêver mieux ! Cette maladie mentale était probablement celle qui me fascinait le plus. Le dédoublement de la personnalité, la psychose, les conflits intérieurs, les … ! Calme-toi Eirin, calme-toi, respire. C'est certainement un des plus beaux jours de ta vie, mais ce n'est pas une raison pour déranger tout le monde. Et puis ,mieux valait ne pas se faire remarquer pour le moment … Je venais d'arriver, après tout. Je préférais faire profil bas plutôt que d'être connue pour mes frasques sur un élan de joie, surtout qu'habituellement, j'étais plutôt réservée de prime abord. Allez, reconcentre-toi sur ta lecture, ma grande. Ce dossier m'apprenait de choses fortes intéressantes sur les frasques de Reika. Apparemment, sa double personnalité était la cause de ses incriminations. La pauvre petite … Enfin, elle était presque majeure, donc pas si petite que ça … Mais elle me faisait de la peine. Sa photo me laissait à penser qu'elle n'était pas forcément du genre à chercher les problèmes, si elle n'avait pas cette voix dans sa tête. Lui avait-elle donné un nom ? Comment gérait-elle ça ? Encore et toujours des questions qui venaient alimenter ma soif intarissable d'en apprendre davantage sur elle. Ce dossier ne me suffisait pas. Il me frustrait même, quelque part. Maintenant, je voulais la voir, lui parler … Eh bien, puisque je n'avais rien à faire, et que je préfère faire profil bas, on va plutôt essayer de la chercher, cette Reika ! Enfilant mon pendentif mes bracelets de cuir, mettant mon épaulette et m'habillant comme j'avais l'habitude de le faire, n'oubliant pas ma sacoche rouge autour de la cuisse, je sortis, une fois coiffée bien sûr. Les cheveux désordonnés pour une première rencontre, c'était loin d'être le must.


Toute la journée, j'avais essayé de chercher une tête rousse, et un visage qui ressemblait à celui de Reika. J'avais croisé quelques rousses, mais je m'étais trompée. Je crois même que je m'étais perdue à un moment, mais un adulte, peut-être un membre du personnel, je ne savais pas car nous n'avions pas discuté, m'avait aiguillé. Je regardai mon téléphone. Presque dix-huit heures … Bon, j'aurais plus de chances au réfectoire peut-être … Logiquement oui, puisque c'est à cette heure-ci que les internes allaient manger. Et en plus, mon ventre se manifesta. Après tout, je n'avais rien mangé depuis mon réveil, excepté un ou deux cookies que j'avais dans ma sacoche à la cuisse, et j'avais couru un peu partout pendant environ quatre heures. Normal que la faim me tienne le ventre … Ce serait mon baroud d'honneur. Le soleil déclinait, et j'aurais du travail à préparer ce soir, si je ne trouvais pas la rousse de mes rêves … Alors que je marchais vers la cantine, un doux fumet atteignit mes narines. Ca sentait bon. Etaient-ce … des cordons bleus ? Accompagnés de petits pois et de carottes ? Hum … J'aimais ça. Un repas plutôt bien équilibré, c'était une bonne chose. L'administration ne laissait rien au hasard, jusque dans les plats des internes et du personnel. Cette fameuse question me revint en tête : qui dirigeait ici ? M'enfin, j'aurais l'occasion de demander ça à Warren demain. Peut-être qu'il me donnera mes deux autres dossiers, qui sait ? Ce serait vraiment génial en tout cas.


Je poussai les portes du réfectoire, et je vis une troupe de jeunes agglutinés à ce qui faisait office de poste de contrôle. Mais apparemment, la foule était trop nombreuses, et cela n'avançait pas assez vite pour certains. Je pus constater que les professeurs et autres adultes pouvaient passer prioritairement sur une autre file. C'est donc sur celle-ci que je m'engageai logiquement, jusqu'à ce que mon regard, alerte et qui balayait depuis le début la salle, dénicha ce que je voulais. Une tignasse rousse que je n'avais pas encore repérée aujourd'hui. Reika, était-ce toi ? Un énorme sourire s'étira sur mes lèvres. J'étais certaine que c'était toi. Ce roux n'était pas naturel. Je sortis le dossier de ma sacoche, et compara plusieurs fois les cheveux. Cela semblait correspondre à l'adolescente. J'abandonnai ma file, fière et impatiente de la rencontrer, et m'engagea sur celle qu'elle avait empruntée. Je pouvais entendre un concerto en ré mineur pour adolescents affamés venant des ventres de tous les jeunes amassés comme un troupeau de moutons dans leur enclos. Eh bien … Je n'étais pas la seule à avoir faim on dirait ! J'étais à quelques mètres derrière la jeune fille que je soupçonnais très fortement d'être Reika lorsqu'elle se mit à parler seule en criant. Parlait-elle à sa double personnalité ? Oui, sûrement. La salive me montait dans la bouche. Oui, c'était une réaction plutôt bizarre, mais je supposai que la faim n'y était pas étrangère en très grande partie. Mes yeux pétillaient. J'étais vraiment contente qu'elle m'offre ce spectacle. Les autres la dévisageaient, mais moi, elle m'intéressait. Je voulais l'aider. Je voulais la comprendre. LES comprendre. Elles ne formaient qu'une seule et unique personne, après tout. J'analysai très minutieusement et sérieusement ses faits en gestes qui suivirent sa crise. Elle bouscula en s'imposant le jeune qui la dévisageait. Ce regard voulait tout dire. Il lui hurlait silencieusement, et perfidement un « Tu es une folle. » Mais la folie est quelque chose d'humain, mon petit. Toi aussi, tu es fou. Reika l'est. Je le suis. Tout le monde l'est. Elle s'exprime de diverses façon, plus ou moins marquées. Mais elle était présente en chacun de nous, susceptible de sortir à chaque instant … En bien comme en mal.


Je me rapprochai enfin d'elle. Reika, je suis là maintenant. Tu ne seras plus seule pour affronter ça. Je t'ai analysée, et même en peu de temps, j'ai tout de suite compris que tu voulais te débarrasser de cette mauvaise influence. Je te tends la main, la saisiras-tu ? Fais-moi confiance. Là, tu vois ? Je pose ma main sur ton épaule, amicalement. Je ne te veux pas de mal. La rousse me fit face, encore passablement énervée. Je savais comment lui prouver ma bonne volonté. Malgré son agressivité relative, je lui souriais. Un sourire doux, apaisant et amical. Je la regardai dans les yeux.



« Reika ? Désolée, tu ne me connais pas encore. Je ne sais pas si tu as entendu parler de moi, mais on va être proches toi et moi, à compter d'aujourd'hui. Je suis la nouvelle éducatrice, et on t'a placée sous ma responsabilité. Je m'appelle Eirin Stegalkin. J'ai cru comprendre que tu avais faim, alors tiens … C'est cadeau. »


Je sortis de ma poche le paquet de cookies que j'avais entamé, et le lui donna volontiers, toujours en souriant. Malgré ses cicatrices, elle était plutôt jolie à regarder, à mon sens. Je la dévorais des yeux, scientifiquement parlant. Elle m'intéressait beaucoup, alors qu'elle ne m'avait adressé que trois mots, sur un ton agressif. Mais sa démonstration de schizophrénie de tout à l'heure m'avait conquise et subjuguée. Elle m'avait charmée, si on peut dire ça comme ça.


« Allez viens, je vais te faire passer avec moi sur la file VIP. »


Je lui fis un clin d’œil, et l'emmena avec moi dans la file du personnel. Personne ne pipa mot, et elle put passer devant moi. Je la suivis tranquillement, et m'installa face à elle. Nous étions dans un coin, seules, sur une table à quatre personnes.


« Je voulais vraiment te rencontrer aujourd'hui. Je suis vraiment contente de t'avoir toi. J'ai lu ton dossier, je sais dans les grandes lignes pourquoi tu es ici. Est-ce que tu veux bien me parler un peu de toi ? D'où tu viens, si ça fait longtemps que tu es arrivée à Kyrie … Ce genre de choses. Et si toi aussi tu as des questions pour moi, n'hésite pas. »


Je lui fit un grand sourire. J'espérais vraiment qu'elle n'allait pas se braquer. M'enfin, nous verrons bien. Je pris mes couverts, la salive devenant trop présente dans ma bouche.


« Bon appétit ! »


Et je commençai à manger joyeusement, observant un peu Reika. Moi, j'allais passer une très bonne soirée en sa compagnie, j'essaierai de lui renvoyer l'ascenseur comme je le pouvais ...

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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Jeu 10 Juil - 6:21



Ce n’était vraiment pas le moment de me déranger et cela pour deux raisons bien précises : premièrement j’étais encore remontée par les interventions intempestives de ma double personnalité parasite, si bien que je me sentais de tuer n’importe qui par moi-même s’il le fallait. Et ensuite parce que j’avais vraiment faim et que quiconque s’interpose entre moi et mon repas écope d’une durée de vie limitée également. Pourtant quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que mon interlocuteur était une jeune femme.

Je mis un moment à la toiser de haut en bas. Ce n’était pas une élève, c’était sûr mais qu’était-elle alors ? Un professeur ? Et qu’est-ce qu’elle me voulait ? Je ne la connaissais même pas. Le plus perturbant fut quand elle se mit à me sourire avec tout le bonheur du monde sur ses lèvres et son regard ciel se plongeant dans le mien avec insistance. Qu’est-ce que j’avais encore fait bon sang ?...


« Reika ? Désolée, tu ne me connais pas encore. Je ne sais pas si tu as entendu parler de moi, mais on va être proches toi et moi, à compter d'aujourd'hui. Je suis la nouvelle éducatrice, et on t'a placée sous ma responsabilité. Je m'appelle Eirin Stegalkin. J'ai cru comprendre que tu avais faim, alors tiens … C'est cadeau. »


« Évidement que j’ai faim, sinon je ne serai pas ici… »


Je mis un moment à tout assimiler. Donc cette Eirin Stegalala était une éducatrice. Bizarrement, je m’attendais plus au tailleur sévère, voir même à la blouse blanche. Mais il n’en était rien, elle était habillée plutôt normalement mis à part son épaulette. J’attrape avec méfiance le paquet de cookies, si elle croit pouvoir m’acheter avec ça, elle se fourre le doigt dans l’œil jusqu'au genou ! Néanmoins je croque dans un des biscuits avec appétit : quand on a faim, on a faim.


« Allez viens, je vais te faire passer avec moi sur la file VIP. »


Et maintenant elle me fait passer avec elle sur la file prioritaire ? Bon ok, présentement je la voyais plus comme une divinité venue me sauver de ma famine que comme l’enquiquineuse qu’elle était il y a peu. Toutefois,  elle était vraiment étrange. Quelque chose en elle me perturbait. Je pense qu’il s’agit de cette indescriptible lueur dans son regard. Je décide de ne pas y prêter attention plus que ça pour le moment et me mets à doubler tout le monde avec elle, dont le jeune adolescent de tout à l’heure qui continuait de me fixer du regard. Si je le choppe, je le frappe.

Une fois en tête de file, je me munis d’un plateau et commence à prendre mon repas. Finalement mon choix se porte sur une salade de courgettes, le fameux cordon bleu avec ses petits-pois carottes et en dessert un yaourt avec un paquet de spéculos. Maintenant que j’ai tout ce qu’il me faut, Madame Stephenking m’amena vers une table isolée et s’installa en face de moi. J’avais hâte d’entendre son fameux speech avec ces mêmes mots que j’ai si souvent entendus : « je sais que tu n’es pas folle, je suis la seule à te comprendre, aie confiance, et blablabla et blablabla. »

Rien au monde ne pouvait m’ennuyer plus que ça, je vois mal comment quelqu’un pourrait comprendre mes sentiments. Même pour Missa qui est schizophrène comme moi. Elle non plus ne sait pas ce que je peux ressentir au jour le jour avec Deadly à mes côtés. Je ferai quand même l’effort d’écouter Madame Stelaquille, elle m’a permis de manger en avance après tout, elle méritait au moins ça. Qui sait ? Peut-être qu’elle me surprendra. Sans plus attendre, je commence à attaquer ma salade en attendant d’écouter ces mots que je connaissais par cœur.


« Je voulais vraiment te rencontrer aujourd'hui. Je suis vraiment contente de t'avoir toi. J'ai lu ton dossier, je sais dans les grandes lignes pourquoi tu es ici. Est-ce que tu veux bien me parler un peu de toi ? D'où tu viens, si ça fait longtemps que tu es arrivée à Kyrie … Ce genre de choses. Et si toi aussi tu as des questions pour moi, n'hésite pas. »


Je pose mes couverts sur mon plateau et finit ma bouchée. Je déteste revenir sur mon passé encore et encore, ça ressasse tout un tas de souvenirs peu voir pas agréables du tout. Les coudes sur le bord de la table, je joins mes mains et pose mon menton dessus avec une mine ennuyée.


« Je suis donc Reika William, une schizophrène habitée par l’entité de Deadly : une meurtrière qui a tué mes parents et d’innombrables innocents. J’ai longtemps fui les autorités après ses crimes, me teignant ainsi les cheveux par exemple. Mais je fus rattrapée il y a un mois environ et envoyée ici. Je suis arrivée y’a deux semaines  et pour l’instant tout ce passe à peu près bien… » Déclarais-je en taisant les derniers évènements en feintant de boire un peu d’eau


Je termine mon cordon bleu et fixe mon interlocutrice. Quitte à se faire interroger, autant que nous soyons deux à en profiter. C’est toujours la même chose, ça devient vraiment redondant.


« Madame Stegalo…gali… Madame, puisque nous allons être si « proches », parlez-moi de vous. J’en ai marre de devoir me confier à des inconnus, c’est ennuyeux. » Dis-je en faisant une pause dans mon repas.


C’est vrai après tout, pourquoi je devrais toujours être la seule à bavasser pendant des heures à quelqu’un qui n’en a surement rien à carrer de ce que je raconte ? Cependant, rien n’assure que son histoire m’intéresse également. A quoi devais-je m’attendre ? « J’ai une vie normale, dans une maison normale, avec un mari normal,… pas comme toi quoi ». Oui, c’est typiquement le genre de discours auquel je m’attendais. Tous ces gens, ils sont tous obligés de me foutre leur bonheur à la gueule comme si je ne souffrais pas déjà assez, comme si le fait de me voir malheureuse les réconfortaient dans leur bonheur et leur vie tout rose. Je les emmerde tous, TOUS !

Les psychologues, les psychiatres, les gens « bienveillants », les substituts parentaux, les personnes qui se croient au-dessus justes parce qu’ils sont « sains d’esprit ». Pour l’instant aucun éducateur n’était venu m’importuner. Il me reste à voir ce que ça donne même si je me doute grandement du résultat…




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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Jeu 10 Juil - 12:41

Je me livre à toi ...




Je savais très bien en m'approchant de la rousse que mon travail avec elle serait très long, et très difficile. La schizophrénie est très difficile à gérer. C'est un danger de chaque instant. Reika allait sûrement me repousser, ou au moins se méfier longtemps de moi. Après tout, elle ne savait pas qui j'étais. Pour elle, j'étais une adulte comme les autres. Elle penserait sûrement en me voyant que je n'étais pas différente de tous les spécialistes qu'elle aurait pu croiser. Non Reika, je ne suis pas eux, et ils ne sont pas moi. Je sais ce que c'est que de perdre un être cher à cause de la folie. Je ne sais peut-être pas ce qu'est la culpabilité d'être l'instrument de cette perte, certes, mais je comprends une partie de ta douleur. Je savais que tu avais tué tes parents, mais que tu ne l'avais jamais voulu. Ce n'était pas « toi », c'était « elle ». Je ressentais énormément de peine pour elle. J'avais non seulement eu une interne intéressante, avec qui es échanges pourront être très riches, mais aussi une personne qui me touchait. A, ma bonne vieille empathie … Toi qui m'a causé dans ma jeunesse tant d'ennuis … J'avais réussi à élever un mur pour ne plus être affectée et rester objective avec l'humanité, mais là, devant cette jeune fille malmenée par un coup du sort qui avait détruit son existence, je ne pouvais pas. C'était trop pour moi. Je ne pouvais pas la regarder de façon neutre. Ele me rappelait un peu ma sœur, quelque part, dans son histoire. Les faits étaient très loin d'être identiques, mais les scenarii avaient des points communs. C'est pour cela que je t'avais donné à manger, c'est pour cela que tu étais assise à cette table avec moi et que je t'ai faite passer en priorité, Reika. Je suis là pour t'aider.


Le premier contact que j'eus avec ma première interne fut, comme je l'attendais, rude. Elle était énervée et affamée, cela pouvait se comprendre. C'était amusant, en un sens. C'était comme un petit animal sauvage approché par l'homme. Je lui avais donné mes cookies, elle les avait pris avec méfiance. Elle avait raison d'être prudente, même si cela allait compliquer davantage mon travail. J'allais devoir appliquer une méthode très douce et faire preuve de beaucoup de patience avec elle. Chaque mot comptait. Chaque réaction, aussi infime soit-elle, avait son importance. Je veux t'apprivoiser, Reika. Tout comme le Prince avec le Renard. Je ne suis pas là pour faire comme les autres, je ne veux pas te servir le même discours. Je veux être efficace, et que tu en finisses avec ton  côté sombre. Et on y arrivera, je te le promets silencieusement. Je fus obligée de dire à l'adolescente ce qu'elle avait déjà entendu de partout. C'était une étape nécessaire, pour voir l'état d'esprit de la personne, et se faire une idée sur son caractère. J'étais certaine que cela ne lui plairait pas de me faire un rapide résumé de sa vie. Elle me le confirma avec sa moue et ses mots. Elle aussi ressortait un discours mâché, digéré et recraché. Ce qui signifiait qu'elle ne croyait probablement pas en moi. Bien, je pouvais voir où nous en étions. Elle avait du répondant, j'appréciais ça.


Mon sourire s'étira un peu lorsqu'elle me demanda de faire le même exercice que celui que je venais de lui demander. Je comprenais très bien son point de vue. Evidemment, parler à des personnes qu'on ne connaissait pas, c'était à la fois le meilleur moyen de vider son sac pour souffler, mais aucunement pour aller mieux. C'est là qu'une facette de notre travail, nous les éducateurs, entrait en jeu. Nous nous rapprochons de nos cas, nous créons des liens avec eux. Des liens parfois forts, parfois friables, et parfois même intimes. Reika, tu t'attends à ce que j'aie une vie de monsieur Tout-le-monde, hein ? Je l'entends dans ta voix. Je le vois dans tes gestes. Tu es blessée, tel l'oiseau dont l'aile a brûlé par un tir de carabine. La normalité de la vie des autres, tu l'envies. Et c'est bien logique … Si tu n'avais pas été schizophrène, tu ne serais pas là. Tu serais en train de rire, de profiter de la vie … Et au lieu de ça, tu te retrouves ici, à Kyrie. Tu voulais savoir qui j'étais ? J'allais te le dire, Reika. Et crois-moi, tu risques d'être surprise. Je souriais à la jeune fille, un sourire sincère. Je pris la parole, d'une voix douce, qui visait à l'apaiser alors que je m'apprêtais à lui conter mon histoire. Voir que non, je n'ai pas eu une vie normale et heureuse allait peut-être la calmer ? Je l'espérais vraiment.



« Tu peux me tutoyer, et m'appeler Eirin. Pas besoin d'être formelle avec moi, tu sais … Je suis totalement d'accord, c'est chiant de donner sans recevoir. Et comme tu t'es présentée, c'est à mon tour, comme tu le souhaites. Je suis née au Canada, il y a vingt-sept ans. J'ai eu une enfance tranquille, avec une petite sœur de deux ans ma cadette. Elle s'appelait Roxanne. Ce qu'on ne savait pas avec mes parents, c'est qu'elle était malade psychologiquement. Je l'obsédais. Elle voulait me ressembler en tout point, et moi, je croyais que ce n'était qu'un jeu. Plus on grandissait, et plus son obsession la dévorait. Elle n'a pas supporté que je sorte avec ma première petite amie, et elle l'a défigurée à vie avec ses ongles, sous mes yeux, par jalousie. Ils l'ont enfermée pour la « guérir ». Moi, je voulais aider ma sœur à aller mieux, et qu'elle arrête de me prendre pour modèle, de limite me vouer un culte.

J'ai commencé à moi-même devenir obsédée par la psychologie, trouvant une certaine fascination pour toutes les déviances mentales. Je ne sortais plus, je ne dormais presque plus, je me contentais de lire, encore et encore, des livres sur tout ça. Je suis allé rendre visite à ma sœur, parce qu'elle me manquait et que je m'inquiétais pour elle, quand j'ai eu dix-huit ans. J'avais d'ailleurs décider de me rediriger en études de psychologie, c'est pour te dire … Mais apparemment, elle avait feint la guérison. Elle m'a donné son médicament à mon insu pour dormir, et m'a kidnappé pendant que je somnolais. Mais elle s'est faite arrêter, et enfermer dans une section plus … spécialisée, on va dire. Elle a reçu un traitement expérimental, suite à l'accord de nos parents. Ce kidnapping m'a fait comme un électrochoc, et m'a ancré de nouveau dans la réalité. J'ai pu revivre plus ou moins normalement, mais l'état de ma sœur me préoccupait beaucoup. J'ai laissé tomber les études de psychologie, je n'avais pas forcément ce qu'il fallait pour réussir. Du coup, je me suis réorientée vers  le métier que j'exerce actuellement. J'ai trouvé du travail une fois mon diplôme obtenu dans l'armée, en tant qu'assistance à la psychologie. J'ai failli y laisser la vie à deux reprises, agressée par deux militaires qui n'avaient plus les capacités morales pour subir la pression. J'en garde deux cicatrices. L'épaulette que tu vois là, c'est un cadeau de ma sœur, suite à ça, pour me protéger un petit peu et me faire savoir qu'elle m'aimait toujours malgré tout.

Sa santé allait mieux, d'ailleurs. Ses troubles psychiatriques s’atténuaient de jour en jour. Elle fut considérée comme guérie, mais son traitement la rendait faible. Et c'est ce qui l'a tuée. Je l'ai prise avec moi pour qu'elle finisse sa vie. J'ai quitté l'armée à son décès, récent. Et du coup, j'ai postulé pour entrer ici en tant qu'éducatrice … La suite, tu la connais. »



Je pris mon verre rempli d'eau tranquillement, et le vida doucement. Voilà Reika, tu connais ma vie. Tu vois ? Je ne suis pas comme tout le monde. Je n'ai pas vécu la même chose que toi, mais moi aussi, j'ai mon bagage du passé. Moi non plus, je ne suis pas forcément heureuse et épanouie. Je savais que tu aurais pu être à ma place et moi à la tienne. Je sais très bien ce que cela fait de voir du bonheur autour de soi, quand on est soi-même malheureux. Le monde te blesse. Laisse-moi te proposer des bandages. Laisse-moi te proposer de t'aider à marcher, jusqu'à ce que tu puisses le faire à nouveau seule. Trébuche, et je te relèverai. Ne me demande pas pourquoi, c'est juste que cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant sentie concernée par quelqu'un que toi. Je te promets que nous trouverons des solutions. Je me promets de ne jamais abandonner, même si tu me rejettes. Tu es sous ma responsabilité, petite Reika, et j'assumerai jusqu'au bout.


« Je suis physionomiste. Je sais très bien ce que tu t'es dit en me voyant. Tu pensais que j'étais comme tous les prétendus spécialistes, c'est ça ? Je vois bien que tu es blessée par ce qu'il y a hors des murs de Kyrie. Je ne suis pas là pour te voir une demi-heure tous les mois. On va se voir quotidiennement, chaque jour, excepté le week-end. Je préfère te prévenir, il y a un moment donné où nous devrons aborder les sujets qui fâchent. Pour le moment, j'en sais assez, alors on va plutôt se concentrer sur les choses plus sympas. Ca te paraîtra peut-être stupide, mais c'est un bon point de départ pour se connaître … N'hésite pas toi non plus à me poser les questions que tu veux, même si tu penses que c'est personnel. J'ai vu que tu avais l'air d'apprécier les cookies. Tu aimes quoi d'autre spécialement comme aliments ? Plutôt sucré ou salé ? »


Voilà, ma méthode était en place. Je voulais connaître la rousse, et je sais que si j'attaquais directement dans ce qui fâchait, elle allait se braquer et je n'arriverai à rien avec elle. Elle ne me ferait pas confiance, et mon travail en pâtirait tellement que ce serait impossible pour moi de faire quoi que ce soit. Et hors de question que je ne m'incline sur une défaite. Reika, j'y arriverais … Tu verras, un jour, tout ça ne serait qu'un mauvais souvenir ...

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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Ven 11 Juil - 11:40



J’attendis patiemment que Madame Stegalinette me raconte son histoire. S’il y a bien quelque chose dont je suis sûre c’est qu’à chaque fois que quelqu’un me raconte son passé, cette personne se sent toujours obligée de me conter les pires moments de sa vie : la perte de tata Nicole, l’amputation de pépé Gérard, l’euthanasie de Rex et j’en passe. En somme tout un tas d’évènement inévitable dans la vie de tous les jours que mes interlocuteurs se sentent obligés de me rapporter pour je ne sais quelle raison.

Pour se rapprocher ? Super j’adore fréquenter des personnalités s’affirmant accablées par la douleur des épreuves de la vie. C’est vrai que Maurice le poisson nous manquera à tous.  Ou alors font-ils ça par pitié ? C’est bien un des sentiments que je déteste susciter, toute cette hypocrisie dans leurs gestes, leurs paroles et surtout leurs regards. Je ne peux pas la supporter. Ce jeu de masque constant entre les hommes, quand prendra-t-il fin ?


Elle est comme tous les autres, ne perds pas ton temps Reika. Laisse moi à tes côtés. Soyons ensemble pour toujours. Toujours.


Cependant, je devais avouer que je n’avais pour l’instant rien décelé de semblable chez l’éducatrice en face de moi. Elle devait bien jouer son jeu, c’est tout. Son récit me permettra d’en apprendre plus sur elle et peut-être de savoir comment elle me voit. Étais-je un cas comme un autre qui se soigne en quelques mois, ou alors étais-je une « patiente » qu’elle craignait à cause de mon passif ?

Si c’était le cas, je n’hésiterai pas à en jouer pour avoir la paix. Cheveux roses prit alors la parole et me raconta sa vie : L’histoire de sa petite sœur m’avait… oui elle m’avait touché. Pour la première fois, une personne voulant m’aider avait toute mon attention. Si j’avais su qu’un jour cela arriverait…

Les troubles de sa petite sœur, son obsession pour elle… Elle ressemblait en tout point à celle de Deadly pour moi. Je me rappelle encore de cette altercation avec ma colocataire de bungalow pour mon premier jour ici. Missa voulait devenir mon amie et, par jalousie, Deadly a commencé à prendre possession de mon corps. Je me souviens encore de ce sentiment de haine. Elle voulait la tuer, ni plus ni moins. Pour Deadly, je lui appartiens et personne d’autre n’a le droit de m’approcher de trop près. C’est peut-être pour cela que mes parents sont morts…

Je chasse pour l’instant ses suppositions de mon esprit, je ne veux pas y repenser encore une fois. Je reporte alors mon attention sur Eirin (oui je ferai l’effort de retenir son nom). Elle avait côtoyé la folie, elle savait de quoi elle parlait. Cela n’avait rien à voir avec tous ces spécialistes qui me recrachaient inlassablement leur cours de psychologie à la figure dans l’espoir qu’il y ait un résultat quelconque.


« Je vois… Eirin… Au moins je ne suis pas en face d’une personne lambda qui ne fait qu’effectuer son job sans même savoir de quoi il s’agit, c’est rassurant quelque part. »


Pour l’instant je ne rajoute rien de plus et repousse mon assiette vide dans un coin du plateau. Je ne voulais pas que la jeune femme pense que tout était gagné et qu’elle m’aurait dans sa poche aussi facilement. Rien ne prouve après tout que son histoire était forcément vraie. Et si elle avait été montée de toutes pièces justes pour pouvoir m’amadouer ? Si je découvre que j’ai raison, je ne garantis pas que je reste aussi gentille que présentement. Ce sentiment de trahison est la dernière chose dont j’ai besoin. Si je me confie à l’éducatrice, j’ai besoin d’être sûre à 100% que je peux lui faire confiance. J’ai besoin d’aide, c’est vrai. Mais pas celle de n’importe qui. Et là-dessus je serai intransigeante.


« Je suis physionomiste. Je sais très bien ce que tu t'es dit en me voyant. Tu pensais que j'étais comme tous les prétendus spécialistes, c'est ça ? Je vois bien que tu es blessée par ce qu'il y a hors des murs de Kyrie. Je ne suis pas là pour te voir une demi-heure tous les mois. On va se voir quotidiennement, chaque jour, excepté le week-end. Je préfère te prévenir, il y a un moment donné où nous devrons aborder les sujets qui fâchent. Pour le moment, j'en sais assez, alors on va plutôt se concentrer sur les choses plus sympas. Ça te paraîtra peut-être stupide, mais c'est un bon point de départ pour se connaître … N'hésite pas toi non plus à me poser les questions que tu veux, même si tu penses que c'est personnel. J'ai vu que tu avais l'air d'apprécier les cookies. Tu aimes quoi d'autre spécialement comme aliments ? Plutôt sucré ou salé ? »


Elle avait donc lu en moi dès le premier regard ? En même temps, il n’était pas difficile de deviner ce à quoi je pensais. Je baisse le regard sur mon dessert. Si elle veut qu’on se voie souvent, ce n’est pas mon cas. Avoir sans arrêt quelqu’un sur le dos n’est pas ce qu’il y a de plus agréable et puis je ne savais plus quoi penser de cette Eirin. Il est évident qu’elle essaye de tout faire pour se rapprocher de moi. Devais-je la laisser faire ou l’envoyer balader ? Et si elle pouvait réellement m’aider ?...


« Bon écoute, je veux bien faire un essai avec toi, voir si tu vas réussir là où beaucoup ont échoué. Tu n’imagines même pas combien de « spécialistes » j’ai pu voir durant mes deux semaines de détention. Ils ont tous laissé tomber et maintenant c’est à ton tour. Pour être honnête je n’y crois pas vraiment mais essayons de voir ce que ça donne.

En attendant je te demanderai juste d’arrêter de faire semblant de t’attendrir pour moi ou autre, ça me répugne vraiment. Et si tu essayes de cacher tes sentiments, je le sentirai. Je veux que tu sois toujours honnête alors pour l’instant pas la peine de faire comme si nous étions les meilleures amies du monde. Ton amitié hypocrite je n’en veux pas. On vient juste de se connaitre non ? Après si ça t’intéresse vraiment, je me fiche de la nourriture. Tant que je mange c’est le principal. Tu as lu mon dossier, tu as bien vu que j’ai été à la rue pendant un bon moment alors un repas chaud et sain c’est tout ce que je demande. »



Il était important de définir les bases. Je lui parlais peut être sèchement mais autant qu’elle s’y habitue dès maintenant car quand il s’agissait de s’occuper de Deadly j’étais loin d’être une tendre. D’ailleurs une question me traversa l’esprit. Après tout, elle a dit que je pouvais lui demander ce que je voulais non ?


« Dis-moi, Eirin. Est-ce que pour toi le fait de s’occuper de fous comme moi est un moyen de te rapprocher de ta petite sœur disparue ? De te faire pardonner peut-être ? Me considères-tu comme son substitut ? » lui demandais-je en trempant mon biscuit dans mon yaourt avant de croquer dedans et de guetter sa réaction.





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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Sam 12 Juil - 22:04

Je ne céderai pas, mais toi ...?




J'avais délibérément décidé de parler de mon passé à Reika. D'habitude, c'était plutôt privé, et je ne le divulguais que peu, éludant les épisodes les plus durs avec ma défunte sœur. Mine de rien, sa disparition était récente et m'affectait encore beaucoup. Je détestais moi aussi qu'on prenne en pitié les gens malades ou handicapés, alors j'évitais d'en parler pour ne pas faire de Roxanne un martyr. C'était un très bon moyen de s'attirer mes foudres. Cela dit, j'avais misé sur le fait que la folie de ma sœur l'interpellerait suffisamment pour capter son attention. Elle ne m'aurait pas écouté sinon, devenant totalement hermétique à mes mots. Je t'avais minutieusement examinée pendant mon discours, Reika, ma rousse … Tu essayais de m'analyser, toi aussi. Tu ne me considérais pas comme une alliée, sans savoir si j'étais ton ennemie. C'était amusant quelque part de retrouver ce comportement digne de deux animaux sauvages d'une même espèce se croisant pour la première fois. Amie ou ennemie ? Moi, je te tendais la main. J'attendais que tu viennes la toucher. Peut-être même la serrer, qui sait ? Je pouvais te promettre de ne jamais la lâcher si tu décidais de la prendre dans la tienne, mais cela aurait été inutile. Tu ne m'aurais pas crue. Voilà pourquoi je jouais la carte de la franchise avec toi. Je me mettais à nu devant toi. A part ma sœur, tu seras très certainement la deuxième personne à me connaître le mieux. J'étais franche et sincère avec toi, et tu le verras bien assez tôt, ma petite rousse …


J'avais gagné mon pari. En effet, mon histoire sembla n'avoir eu son impact que lors du passage de ma sœur. Jusqu'ici, j'avais eu de la chance que mes analyses et ma stratégie se soient révélées payantes. J'avais une chance de réussir à m'approcher de l'adolescente, tout en restant moi-même et sincère. Je n'avais que faire de porter un masque, il ne m'était pas utile ici. A quoi bon prétendre aider les autres si l'on n'est même pas honnête avec eux, ni avec soi-même ? Se cacher, c'est se mentir, pire, se trahir. Les autres nous jaugent sur ce qu'ils voient. Passer pour ce que l'on n'est pas réellement revient à mentir. Je n'avais rien à gagner à lui mentir, à cette petite … Mes intentions étaient réelles et pures. Le sens-tu, Reika ? Le comprends-tu ? Non, tu ne l'acceptes pas, pas encore … Je saurais te faire changer d'avis. Tu as raison de ne pas te livrer maintenant. Mais je suis patiente, je saurai répondre à tes exigences … Les demi-compliments de mon interne me firent sourire. J'avais marqué des points en lui parlant de ça. Elle avait vu que je n'étais pas comme les autres, et qu'effectivement, je ne faisais pas mon travail mécaniquement. Mes méthodes, je les adaptais, je les modifiais, et j'effectuais un vrai travail de fond. J'étais engagée dans ce que j'entreprenais, personnellement comme professionnellement. Et ça, rousse de mon cœur, tu allais très vite le voir. Qu'importe ta rudesse, tes tentatives éventuelles de me balayer, je tiendrais bon, tel le roseau face aux plus grandes tempêtes.


Je l'écoutais parler à mon tour, en continuant de manger. J'avais un peu attaqué mon cordon bleu pendant ma longue tirade. J'en profitai donc de pouvoir me repaître pendant qu'elle me répondit. L'idée de se voir chaque jour lui déplaisait, je m'en doutais très fortement.Une réaction normale après tout, qui aimerait qu'un parfait inconnu vienne vus voir en disant « salut, tu me connais pas, mais on va se voir presque tous les jours à partir d'aujourd'hui ! » Pas grand monde. Elle acceptait cependant que j'essaie, ce qui me fit instantanément sourire. Un sourire vrai, spontané. Elle avait dû le remarquer elle-même.Ce n'était pas un faux, ni un masque : c'était la réalité. J'étais contente que ce face à face se passe comme cela pour le moment. Tels les animaux sauvages que j'ai déjà imagé, nous nous étions tournés autour, et elle m'a permis de venir avec elle en me laissant une chance de faire mes preuves. Cela dit, elle restait sur la défensive.J'étais un peu amusée de cette analogie avec les animaux, car c'était réellement ce qui était en train de se passer. Et Reika jouait la femelle dominante. Si je voulais me faire une place auprès d'elle de manière définitive, j'allais devoir jouer selon ses règles. Je la fixais dans les yeux, un regard alerte, qui lui indiquait qu'elle avait toute mon attention. Mais je ne pus m'empêcher de papillonner un peu, toujours en l'écoutant. C'est humain, après tout, d'avoir des instants de distraction, non ?


J'aimais beaucoup ses yeux, ils étaient jolis et me faisaient penser à l'océan, ou au ciel. J'aurais pu m'y perdre sans problème si notre tête-à-tête n'avait pas une visée professionnelle … Cela aurait pu être considéré comme déplacé de ma part de dire ça, car j'avais quand même dix ans de plus qu'elle … Mais de mon point de vue, c'était une observation simple et un fait. Oui, j'aimais ses yeux, ils étaient beaux. Ils s'accordaient un peu aux miens, en plus de ça. Quand j'y pense, on avait aussi les cheveux en communs … Teints toutes les deux. Sur la même couleur primaire. Elle, c'était plutôt du roux, et moi du rose. Intéressant ça, comme coïncidence … Et ses deux petites cicatrices sur la jour lui donnaient un certain charme. Curieusement, je trouvais que cela ne lui allait pas si mal que ça. Cela lui donnait un côté fatal, dangereux … Et évidemment, cela me fascinait encore plus. Oh, Reika, si tu savais ce que je ressens à l'intérieur de ma tête et de mon âme … Tu fais bouillir mes sens et éveille ma curiosité et mon esprit. C'est curieux, hein ? On ne se connaît pas, mais tu m'attires dans tes filets, tel l'insecte pris au piège dans sa toile d'araignée. Je l'avouais, j'étais vulnérable contre toi, car j'étais tellement focalisée sur ma fascination et mon envie de t'aider que tu pourrais aisément faire de moi tout et n'importe quoi. Jouer avec moi, me dévorer … Moi, je ne pourrais que me contenter de te regarder dans les yeux, sans bouger, sans penser à quoi que ce soit d'autre que toi. Je crois que je pouvais dire à présent sans hésiter que mon obsession allait revenir … Si elle n'était pas déjà là.


L'adolescente semblait ne pas me croire sincère. J'en étais un peu attristée, au fond de moi. Mais je relativisai, c'était prévisible. Elle a vu je ne sais combien de spécialistes qui jouaient la carte de la condescendance avec elle, il est donc logique qu'elle n'ait plus vraiment foi envers les spécialistes … Mon sourire avait disparu à l'instant où elle m'avait dit ça. Un voile attristé apparut l'espace d'une fraction de seconde, dans mes yeux, sur mon visage. Je le fis disparaître rapidement, souriant narquoisement cette fois à mon interlocutrice. Reika, Reika, Reika … Si tu savais à quel point tu te fourvoies … Tu me demandes de l'honnêteté ? Je t'en donne depuis le début, mais tu ne me crois pas. Est-ce que tu te protégeais de moi parce que tu aies peur que je puisse t'approcher ? Ou bien … N'essaies-tu pas de me repousser car tu as peur de ce qui pourrait m'arriver ? J'ai comme l'impression que dans ton inconscient, ma rousse hypnotisante, tu te livres une bataille … Tu souhaiterais t'en sortir, sinon tu ne m'aurais pas donné cette chance. Mais en même temps, n'as-tu pas peur que Deadly, ton alter ego psychopathe, ne prenne le dessus et me fasse du mal ? Je crois que tu crains que je devienne une de tes proches, et que tu finisses par me faire du mal à cause d'elle. N'ai-je pas raison ? Peut-être que je m'avançais trop, et que j'anticipais … C'était presque certain, si j'arrivais à me faire une place à ses côtés, que cela se produise. Elle avait déjà vécu une fois cette situation, avec se parents. Je doute très sincèrement qu'elle veuille revivre ça. Je me demandais même si elle ne s'était pas isolée des autres volontairement pour se préserver, et protéger les autres … Il faudrait que je le lui demande. Elle venait de finir de clarifier la situation avec moi, au moment où je terminais mon cordon bleu.Je lui répondis donc, naturellement, spontanément et toujours en toute sincérité d'une voix douce.



« Je suis sincère avec toi, Reika. Et ce depuis la seconde où j'ai posé ma main sur ton épaule. Que tu me croies ou non n'a pas d'importance pour l'instant, car de toute façon, tu attends des preuves, que seul le temps peut t'apporter. Ne t'en fais pas pour l'honnêteté, je déteste l'hypocrisie et la condescendance. Certes on vient de se rencontrer, mais sache juste que je suis comme ça. Tu m'intrigues, j'ai envie de te connaître plus personnellement et humainement plutôt que de te connaître via un bout de papier. Et pour ça, il faut qu'on passe du temps ensemble et qu'on dialogue de tout et de rien. Pour ce qui est de ton dossier, il ne mentionne que les raisons pour lesquelles tu es ici, des informations de première nécessité et quelques observations sur toi et Deadly. Je ne savais pas que tu as vécu dans la rue. »


Je n'allais rien ajouter de plus sur ce passage. Là, je n'avais pas envie de savoir plus en détail ce qui lui est arrivé pendant cette période. Elle s confierait quand elle se sentirait prête. Et j'allais attendre patiemment le bon moment. Je ne devais rien précipiter, et je respecterai cela. Je n'avais pas relevé son ton acerbe et agressif, m'y adaptant avec souplesse. Je restai douce avec elle pour l'apaiser, la mettre en confiance. Je la servis en eau, avant de faire la même chose pour moi. Je bus lentement mon verre, l'écoutant enchaîner sur une question fort intéressante, et que je sentais comme une attaque directe. Reika, tu veux tester ma détermination et ma sincérité, n'est-ce pas ? Tu veux voir si je resterai fidèle à mes convictions ? Eh bien soit, ma belle rebelle. J'ai dit que je jouerais selon très règles, j'allais m'y plier. Reposant mon verre, je plantai mon regard dans le sien, sans me démonter, calme et posée, toujours souriante.


« C'est une excellente question légitime que tu me demandes. Pour te répondre, non, je ne souhaite pas me rapprocher de ma sœur en travaillant avec des gens malades. Je dis malades, car nous sommes tous fous, c'est un trait de caractère humain. Je suis encore en deuil, elle me manque oui, mais pas au point qu'elle ne devienne une obsession. Je ne la retrouve pas en toi, excepté le fait que vous êtes toutes les deux malades. Je ne cherche pas le pardon, car même si j'ai échoué à la comprendre, elle ne m'en a pas voulu. Je n'ai donc rien à me faire pardonner. Quant à te considérer comme son substitut, détrompe-toi. Tu es unique, tout comme Roxanne l'était, tout comme je le suis. J'ai simplement envie de t'aider. Je ne cherche pas une petite sœur de remplacement, je cherche juste des jeunes à aider, car eux peuvent encore l'être. Je ne regarde pas derrière moi, je marche vers l'avant, la tête haute. Et aujourd'hui mes pas m'ont mené devant toi, Reika. Ta schizophrénie m'intrigue énormément, oui, je te l'avoue. Tu es au courant pour ma curiosité vis à vis de ça. Mais j'ai avant tout envie de te connaître toi. On aura tout le temps de s'occuper des choses qui fâchent plus tard, lorsque tu te sentiras plus à l'aise avec moi. Je serais bien plus familière avec toi si je ne te considérais que comme un substitut. Je dirais plutôt que je te vois comme une protégée un peu spéciale. Tu es la première personne placée sous ma responsabilité directement, alors tu comprends, je suis aussi un peu euphorique. Enfin … J'admire ta vivacité d'esprit en tout cas, ça me plaît. »


J'entamai mois aussi, tout comme mon interne, mon dessert. Elle était vraiment maligne, et ce qu'elle venait de me dire traduisait une certaine intelligence. Décidément, elle me plaisait de plus en plus, cette petite rousse … Enfin, petite … Elle était tout de même plus grande que moi. De très peu, mais tout de même. La suite allait être intéressante. Je ne me laisserai quand même pas manger par elle, j'allais répliquer, pour lui montrer que je n'étais pas là dans une optique « je déballe les trucs que j'ai appris », mais plutôt dans le partage et la sincérité de ce que je lui ai prétendu vouloir faire. Son cas me préoccupait, et je voulais m'assurer qu'elle fasse le nécessaire pour aller mieux.


« Et toi Reika, tu t'es déjà rapprochée de quelqu'un ici ? Tu t'es fait des amis, ou pas encore ? J'ai cru comprendre qu'ici, tout fonctionnait par colocation, et il me semble que tu es avec une autre schizophrène, c'est ça ? Missa, je crois … Ca se passe bien avec elle ? »


Voilà, j'avais contré. C'était quitte ou double. Soit elle apprécierait que je lui réponde avec honnêteté et que je lui renvoie sa balle avec un peu plus de souplesse qu'elle ne me l'avait envoyé, soit elle n'allait pas apprécier. Et là, je n'avais pas asse d'indices pour tenter d'anticiper. C'était un pari tout à fait hasardeux que je venais de faire, et je pris pour que ce soit le bon choix. Je commençai à manger mon dessert, en observant attentivement ma petite protégée. Chaque tic qu'elle pouvait avoir, chaque indice de langage corporel était bon à prendre. Je jouais gros, je voulais m'assurer gagner. Tu vois Reika, je suis sincère et directe avec toi, comme tu me l'as demandé. Je ne cherche pas à te mentir, je m'inquiète vraiment pour toi. Est-ce que je faisais du zèle, pour mon premier cas ? Peut-être. Mais dans ce cas, ce sera presque la même chose pour ceux qui suivront. Je me donnerai à fond, et ça, Reika, tu t'en rendras compte, que tu le veuilles ou non.

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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Dim 20 Juil - 17:18




Ma question était déplacée, voire même insolente et j’en avais bien conscience. Je ne vois pas pourquoi je m’en voudrais. Après tout, ce sont eux qui veulent connaitre ma vie. Toutes ces personnes s’étant jurées il fut un temps de me soigner comme il se doit. Ils avaient passé des années à en apprendre le plus possible sur les méandres de l’esprit humain, à étudier des cas plus ou moins similaires aux miens et pourtant… J’en avais découragé bien plus d’un. Que ce soit les séances chez le psy ou ces affreux traitements médicamenteux encore en attente de résultats prouvés. Pourtant tous ces spécialistes avaient bien eu le temps de tout savoir sur moi : mon histoire, mon caractère, mes envies, mes goûts. Comme c’était injuste. Pour moi, ils s’enchaînaient tous. Seule la célèbre blouse blanche s’obstinait à me rendre visite. Je ne connaissais même pas le nom de mes médecins, de mes scientifiques, de mes geôliers,…  Après tout je n’étais rien de plus qu’un rat de laboratoire. Un objet recueillant toutes leurs attentions et leurs curiosités.

Je ne voulais plus de ça. Je ne le supportais plus. Être une marionnette que l’on passe de spécialistes en spécialistes, qui voudrait de ça ? J’avais plusieurs fois songé à me donner la mort pour en finir une fois pour toute. Juste partir, tout envoyé en l’air et prié pour que l’endroit où j’irai reste meilleur qu’ici. Pourtant je n’ai jamais pu réussir à m’y résoudre. Il y avait bien des opportunités qui s’offraient à moi : plonger la tête dans la baignoire et ne plus l’en sortir, une fourchette enfoncée dans la jugulaire, un saut depuis un des bâtiments du complexe scientifique, qu’importe. Néanmoins je n’ai jamais choisi de le faire.

Pourquoi ? Tout simplement parce que je voyais ça comme la victoire de Deadly, ni plus ni moins. Elle m’isolait, me rendait folle et finirait bien par me tuer d’elle-même si ça continue. Je ne pouvais pas lui faire ce plaisir. Et puis, quitte à se battre contre elle, autant que ce combat ait une issue digne de ce nom : sa mort ou ma folie irréversible. Et dans cette bataille, Eirin. Une femme me connaissant qu’à travers un dossier maintes et maintes fois transmis de personne en personne. Elle voulait m’aider et m’octroyer la victoire mais… Allait-elle réellement y arriver ? Pourquoi elle et pas tous les autres avant elle ? Je dois bien avouer que, parmi eux, Eirin était bien unique en son genre. Elle avait l’air d’être une personne si légère et si douce. Sera-t-elle vraiment capable de faire face à toutes les horreurs de mon passé pour m’offrir un futur plus sain ? Cet avenir utopique… Combien de fois en avais-je rêvé de cette vie paisible et normale ? L’aurais-je réellement un jour ou est-ce que cela ne restera qu’une chimère dans mon esprit?


« Je suis sincère avec toi, Reika. Et ce depuis la seconde où j'ai posé ma main sur ton épaule. Que tu me croies ou non n'a pas d'importance pour l'instant, car de toute façon, tu attends des preuves, que seul le temps peut t'apporter. Ne t'en fais pas pour l'honnêteté, je déteste l'hypocrisie et la condescendance. Certes on vient de se rencontrer, mais sache juste que je suis comme ça. Tu m'intrigues, j'ai envie de te connaître plus personnellement et humainement plutôt que de te connaître via un bout de papier. Et pour ça, il faut qu'on passe du temps ensemble et qu'on dialogue de tout et de rien. Pour ce qui est de ton dossier, il ne mentionne que les raisons pour lesquelles tu es ici, des informations de première nécessité et quelques observations sur toi et Deadly. Je ne savais pas que tu as vécu dans la rue. »


« Je te l’ai dit, je suis prête à te laisser faire un essai. Si tu veux me demander des détails sur ma vie tu peux. Je n’ai plus aucune intimité de ce côté-là, J’ai tout dit dessus. Vous connaissez déjà tout. »


Je ne rajoute rien de plus. Je n’ai pas vraiment envie de parler, me contentant de dire le strict nécessaire avant de me renfermer dans mon mutisme. Pour l’instant j’avais vraiment hâte de voir ce qu’elle allait répondre à ma fameuse question. Étais-je réellement une patiente à ses yeux ? Il se peut que je ne sois que cette façon illusoire de se rattraper sur son passé en tant que substitut de sa petite sœur tout aussi dérangée que moi. Peut-être étais-je une sorte de trophée personnel : un défi à relever qui, une fois accompli, donnait une éternelle satisfaction à son possesseur. Ces derniers ont d’ailleurs tous laissé tomber.

L’éducatrice me confia que je n’étais pas un moyen pour elle de se rattraper et à son regard, qui était d’ailleurs magnifique,  je voyais qu’elle ne mentait pas. Elle essayait peut-être de m’acheter avec le très célèbre « en réalité tu es comme tout le monde, tu es juste un peu malade. Un suppo et au lit ! » . Ça ne marchera pas avec moi car je sais que ce n’est pas la réalité. Le monde n’est pas si simple. Je dévisageais la jeune femme lorsqu’elle m’avoua son intérêt pour ma schizophrénie. Allais-je vraiment finir en objet de collection à ses yeux ? Si à un quelconque moment cela tournait de la sorte, je me promis de mettre fin au contrat de l’éducatrice avec moi.


« C’est juste quelque chose que n’importe qui pourrait supposer car ça parait logique mais si vous dites que ce n’est pas le cas je vous crois. J’ai appris à discerner les menteurs depuis longtemps et il ne me semble pas que vous en faites partis. C’est une bonne chose je suppose. »


J’avais décidé de revenir sur le vouvoiement. Se montrer si familier dès le début allait trop vite et je ne voulais pas m’attacher ou quoi que ce soit. Du moins pas pour le moment. Si elle veut ma confiance, elle devra s’en montrer digne. Pour l’instant je préférais rester sur la défensive et me protéger. Depuis ma fuite, cet instinct de survie était toujours là et faisait entièrement partie de moi à présent. Je devais me préserver un maximum de toutes ces personnes qui me « voulaient du bien », elles n’ont jamais rien réussi et je ne vois pourquoi ça serait aujourd’hui avec une jeune femme qui semblait débuter.


« Et toi Reika, tu t'es déjà rapprochée de quelqu'un ici ? Tu t'es fait des amis, ou pas encore ? J'ai cru comprendre qu'ici, tout fonctionnait par colocation, et il me semble que tu es avec une autre schizophrène, c'est ça ? Missa, je crois … Ça se passe bien avec elle ? »


« Missa est ma seule amie ici, en effet. C’est la seule qui ne me juge pas et qui me comprend réellement car elle est atteinte de la même maladie mentale que moi. Je n’ai pas besoin d’autre personne qu’elle car je sais déjà comment ça va se passer : Soit je leur annonce l’existence de Deadly et ils prennent peur, ont pitié ou ils me regardent comme un animal de foire. Soit j’essaye de le cacher et s’ils le découvrent, c’est fini. J’ai peut-être qu’une ami mais je sais que son amitié est réelle. C’est reposant de ce dire que, enfin, dans ce monde il y a au moins quelqu’un sur qui compter. »


J’avais ouvert mon cœur à l’éducatrice, reste à savoir ce qu’elle me répondrait. Me parlerait-elle honnêtement ou adopterait-elle une méthode de son travail afin de m’amadouer ? Je voyais déjà qu’elle voulait se rapprocher en cherchant à me connaitre plus personnellement. Devais-je contrer en faisant de même avec elle ? Ce serait un moyen de m’attacher, ce que je veux éviter… Tout en me questionnant, je termine mon repas et cherche les derniers cookies survivants du paquet donné plus tôt.

Que faire à présent que j’avais terminé mon repas ? Rester discuter un peu avec l’éducatrice ou tracer à mon bungalow. Un coup d’œil à l’horloge m’annonce qu’il est déjà 20h, dans deux heures ce sera le couvre-feu. Je plonge mon regard dans celui de la jeune femme en face de moi comme si j’essayais de lire en elle. Je dois avouer que pour l’instant j’étais assez perplexe, que faire d’elle ? Nous avions encore deux heures, autant en profiter. Je saisis mon plateau me lève pour aller le ramener.


«  Le repas est fini mais j’ai encore faim. Si vous avez autre chose à m’offrir à manger, je veux bien rester pour vous parler de moi et vous dire tout ce que vous voulez savoir. J’aurai aussi des questions à vous poser, faisons en sorte que ça marche dans les deux sens. Par exemple, pourquoi moi et pas une autre ? Comment me percevez-vous ? Pour vous la tâche vous semble complexe ou facile ? »


Tout en continuant mes questions, je m’avance vers les cuisines y déposer mon plateau vide. Les couverts dans les bacs appropriés, les verres les uns sur les autres et les plateaux dans les casiers. J’espérais déstabiliser Madame cheveux roses avec toutes mes questions, si elle craquait d’impatience dès maintenant alors elle ne serait pas capable de m’aider à l’avenir surtout si je fais des crises. En parlant de ça je remarque que Deadly a gardé le silence depuis déjà un moment, ça ne lui ressemble pas et ça commence à m’inquiéter. Se préparait-elle à apparaître parce que l’éducatrice se montrait un peu trop présente? Si c’était le cas je devais m’éloigner le plus vite possible d’ici. Il y avait bien trop de monde à la cantine et je ne voulais en aucun cas que ça finisse en bain de sang. Je palis rien qu’à l’idée.


« Finalement je pense que je vais y aller pour le moment. Il vaut mieux que je parte d’ici. Maintenant, comme je commence à vous connaitre, si vous me raccompagnez c’est à vos risques et périls. » Avertis-je avant de saisir mon sac à bandoulière et de me diriger vers la sortie.


Dehors la nuit est tombée. L’air est encore chaud et lourd et j’ai l’impression d’étouffer. Chaque apparition de Deadly me terrifiait : elles étaient imprévisibles et incontrôlables. Si seulement j’avais un moyen pour ne serait-ce que limiter les dégâts. C’est d’un pas pressé que je fonce vers mon bungalow sans vérifier si j’étais suivie ou non.





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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Lun 21 Juil - 16:52

Hors de contrôle ; je suis là ...




J'avais très bien remarqué l'état psychologique dans lequel se trouvait ma rousse, après qu'elle m'ait posé sa question piquante. J'avais vu juste dans mes hypothèses. Reika, tu ne souhaitais plus t'attacher aux gens, n'est-ce pas ? Tu avais peur de leur faire du mal sans pouvoir t'en empêcher. Tu ne voulais plus jamais revivre l'horreur et la douleur que t'infligeait la vision du meurtre. Que personne ne veuille bien croire que ce n'est pas toi, mais Deadly la responsable. Une deuxième personne dans le même corps, capable de prendre possession de son esprit, c'était ton quotidien … C'était par sa faute si tu étais considérée comme une fille peu fréquentable et folle. Mais tu n'avais jamais voulu ça, hein Reika ? Tu as toujours désiré le bonheur, toi aussi, j'imagine ? Mais tu sais que tu ne pourras jamais l'avoir tant que Deadly vivra avec toi, ou que tu ne la contrôles pas. Je me demande combien de médecins tu as vu défiler, combien de médicaments tu as ingurgité, combien d'échecs tu as dû essuyer. Certainement beaucoup trop pour toi qui n'avait rien demandé. Mes pensées pouvaient laisser penser que je prenais en pitié la rousse, mais pas du tout. Je ressentais simplement l'envie … Heh, non. Si je faisais ça, je risquais de tout envoyer valser. En cet instant, en tout cas.


A sa place, malgré mon esprit que je catégoriserai de plutôt stable et fort, je pense que j'aurais souhaité mourir, si j'avais dû passer de mains en mains, sans jamais voir la lumière au bout du tunnel, la voie de la rédemption et de la guérison. Subir des échecs, me sentir comme un cobaye … J'aurais tenté de me suicider. Est-ce qu'elle avait essayé de mettre fin à ses jours ? Cette idée me fit frissonner. J'étais très impliquée dans son cas, sûrement trop d'ailleurs, et totalement concernée par Reika. J'étais déjà très attachée à elle. Je me sentais totalement en phase avec elle, j'avais vraiment l'impression de ressentir ce qu'elle ressentait. Et elle me touchait. Je VOULAIS qu'elle guérisse. Je VOULAIS qu'elle connaisse le bonheur. Je désirais vraiment qu'elle s'en sorte, et qu'elle revive à nouveau, laissant loin derrière elle Deadly et son passé sanglant et traumatisant. L'ombre ne serait jamais très loin, mais en apprenant à vivre avec, on pouvait ressusciter et démarrer une nouvelle vie depuis zéro. Ce serait mon cadeau pour ma première protégée. Une nouvelle vie, plus belle et douce que celle qu'elle avait eu jusqu'à présent. Et si je devais y laisser mon temps, mon énergie ou même quelque chose de plus cher. C'était comme ça, je ne me l'expliquais pas. Parfois, une rencontre, un regard et vous savez ce que vous devez faire. Eh bien là, c'était exactement ça. Je savais que Deadly m'en empêcherait, mais je la battrai. Je DEVAIS la battre. Je n'avais aucune autre option.


Reika s'était refermée entre-temps. Elle attendait avec impatience sa réponse. Qu'était-elle à mes yeux …  Je lui avait donné ma réponse, mais sa question m'avait fait m'interroger profondément. Je me remettais en question. Moi qui avait toujours gardé une certain distance avec les gens, même avec ceux pour qui j'éprouvais de la compassion, pourquoi est-ce que je me jetais corps et âme dans ce cas précis ? Pourquoi toi, Reika ? Pourquoi toi et pas une autre ? Certes ton histoire était tragique et m'avait touchée, mais n'importe quel autre schizophrène pouvait avoir quelque chose de ressemblant à ton passé … C'était une interrogation que j'allais devoir garder au chaud et dont j'allais devoir développer la réponse moi-même, au fil du temps, petit à petit, à son contact. Je ne la quittais pas des yeux en attendant, essayant de la comprendre entre les lignes, traduisant ces mots invisibles et inaudibles que son corps me transmettait. Son langage corporel était vraiment très complet, et grâce à lui, je pouvais vraiment deviner ce à quoi elle pensait, son état d'esprit et anticiper ses réactions. Et d'ailleurs, nous fîmes un pas en arrière lorsqu'elle m'écouta parler de mon intérêt pour sa maladie mentale. Elle reprit une posture plutôt défensive, reprenant le vouvoiement, remettant une petite distance entre elle et moi. Cela dit, ce n'était pas dramatique. Et comme je lui avait promis mon honnêteté, je me devais de lui avouer cet intérêt fascinant pour cet aspect de sa personne … Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais pas joué franc jeu avec elle, et si elle l'avait découvert, maintenant ou plus tard, cela aurait ruiné l'intégralité de notre travail. J'eus un petit sourire de contentement lorsqu'elle m'avoua ne pas déceler de traces d'éventuels mensonges dans mes mots. Evidemment, puisqu’il n'y en avait pas.



« Je n'aurais rien à gagner à te mentir, Reika. Si je le faisais, je perdrais cette chance que tu m'offres, et la possibilité de te connaître mieux. Je n'ai pas envie de ça. »


Je commençais à m'attacher à elle. En fait, non … Je m'attachais DEJA à elle. Instinctivement, instantanément. Bien plus que je ne le devrais. Et c'était inexplicable. Elle avait vécu des horreurs, encore et encore. Elle n'avait sûrement rien demandé, si ce n'est la paix et que tout ça s'arrête. Mes poings se serrèrent doucement. Je me retenais. Je ne devais pas céder et risquer de tout envoyer valser par ce simple geste. Pas maintenant. Surtout qu'elle était en train de me parler un peu de sa relation avec Missa. Je l'écoutais attentivement. J'étais contente et soulagée quelque part qu'elle ait un soutien probablement indéfectible. Missa aussi était schizophrène après tout, elle savait mieux que quiconque ce que ça faisait de vivre avec une deuxième personne dans son corps. Ce serait intéressant de lui parler un petit peu d'ailleurs, pour savoir d'autres petites choses qui pourraient m'aider dans ma tâche vis-à-vis de ma rousse aux beaux yeux.


Le point de vue de Reika se tenait et se défendait parfaitement. Effectivement, il est difficile et très complexe de se faire des amis lorsqu'on est schizophrène, et que sa double personnalité est une meurtrière … Et puis elle ne voulait pas de la pitié des autres. Ce qui arriverait forcément si elle sympathise avec d'autres gens de Kyrie. Ou bien peut-être pas, il y a toujours des exceptions après tout … Elle avait eu de la chance de tomber sur Missa. Je hochai la tête en guise d'approbation à ce qu'elle venait de dire.



« La qualité prime sur la quantité. Je suis contente que tu aies déjà une épaule sur laquelle te reposer. Tu as la mienne aussi, maintenant. D'ailleurs, en parlant de ça ... »


Je fouillais dans la sacoche accrochée à ma cuisse un bout de papier et un stylo. J'y inscrivis quelque chose et le donna à la jeune fille.


« Tiens, c'est mon numéro de téléphone. Je ne compte pas t'inonder de messages, rassure-toi. Ce sera surtout pour te communiquer plus facilement quand on se verra, ou d'autres informations dans ce genre. Mais si tu en ressens l'envie ou même le besoin, tu peux toujours m'envoyer un texto pour discuter, à n'importe quelle heure, de nuit comme de jour. »


Je la sentais hésitante. Elle n'osait pas se rapprocher de moi, à cause de Deadly. J'en mettrais ma main à couper. Seulement … Je ne la craignais pas. Je savais me défendre, que mon adversaire soit armé ou pas. Si Deadly se montrait, et cela risquait d'arriver un jour ou l'autre, je saurai me protéger d'elle. Je n'avais pas peur de me retrouver face à la meurtrière, le mauvais pendant de Reika. Deadly était comparable à une personne à part entière. Un jour où l'autre, nous nous ferons face. Et comme pour Reika, je voulais la connaître elle aussi. C'était peut-être stupide, dit comme ça, mais j'avais l'espoir certes très probablement utopique que si j'apprenais à connaître les deux filles, je pourrais les concilier, et apaiser Deadly … Heh. Non Eirin, tu n'es pas une super héroïne, redescend sur Terre … Il y a des limites à ce que tu peux faire. Réussir à appréhender l'autre personnalité de Reika relevait du miracle, compte tenu de son caractère, d'après le dossier. Une extrême possessivité non sans me rappeler ma sœur … Finalement il y avait plus de ressemblances qu'il n'y paraissait de prime abord … Ma rousse me tira de mes pensées en me posant des questions supplémentaires. Je cherchai dans ma sacoche si j'avais encore à manger, mais je n'avais malheureusement plus rien. Je secouai négativement la tête, l'air désolée.


« Non, je n'ai plus rien sous le coude, excuse-moi. Bien sûr, tu peux me poser toutes les questions que tu veux, je t'ai dit … Il n'y a pas de raison que ce ne soit que moi qui aille vers toi, après tout. Je n'ai rien à cacher. »


Je la suivis dans la file pour ranger nos plateaux. Si sa dernière question était facile à répondre, ses deux premières l'étaient vraiment BEAUCOUP moins. Pourquoi ? Tout simplement parce que je n'avais pas de réponse précise à lui apporter. Moi-même je ne savais pas pourquoi elle et pas une autre. Oh bien sûr, c'est parce que l'administration de Kyrie m'avait donné son dossier, sans que je n'aie eu le choix, mais si je l'avais eu, je savais que j'aurais choisi Reika instinctivement. Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi … ? Je réfléchissais. Mon esprit marchait à vive allure. Après un silence entre nous, je repris la parole.


« Pourquoi toi … Je vais être sincère, je ne sais pas. On m'a donné ton dossier, mais je sais que si j'avais eu le choix, je t'aurais prise volontairement sous mon aile. Je ne me l'explique pas, c'est comme ça. Je te vois comme quelqu'un qui veut s'en sortir et qui a peur de faire du mal aux autres. En cela, tu es une bonne personne. Tu m'as touchée. Je ne dis pas que ce que tu as se guérira en deux en trois mouvements, car le travail que nous aurons à effectuer toutes les deux sera certainement long et complexe. Très complexe. Mais je n'abandonnerai pas, je te l'ai promis, non ? »


Je lui fis un petit sourire. Oui Reika, ta personne m'attirait. C'était sans aucune explication possible. Vu de l'extérieur, il pouvait aisément y avoir ambiguïté, mais je ne me posais pas cette question-là. On verra bien avec le futur, comment notre relation évolue. Deviendrons-nous proches, ou éloignerons-nous ? Est-ce qu'on réussira à te faire aller mieux, main dans la main ? Ou bien échouerons-nous ? Il ne fallait pas que je pense à ça maintenant. Cela ne servait à rien. Et puis … Je ne sais pas, je n'avais pas envie de me poser ces questions sur pourquoi l'avoir choisie elle … L'important, c'était que j'étais là, et que j'allais l'aider, non ? Les raisons sont superflues. A-t-on besoin d'un motif pour aider les gens ? Doit-on toujours y voir un intérêt personnel ? Je n'en avais aucun à l'aider elle spécifiquement, et pourtant, c'était ce que j'étais en train de faire.


Nous venions de finir de ranger notre plateau, après l'avoir débarrassé. Ma rousse semblait blême. Quelque chose n'allait pas. Elle m'avait l'air … terrifiée ? Elle mit fin brusquement à la discussion, changeant d'attitude du tout au tout. Elle ne voulait plus discuter et elle choisissait la fuite … Deadly … ? Je restai stupéfaite, les bras ballant, quelques instants. Reika était dehors. Sans réfléchir, je me lançai à sa poursuite. Je poussai les portes du réfectoire. Dehors, il faisait plutôt lourd. Mais ça, je n'en avais que faire. Reika n'était plus là. Je courrais sur le chemin, en direction des bungalows des internes. Et je la vis, seule, au milieu des pavés, le pas pressé. Je la rattrapai le plus vite possible. Le souffle légèrement accéléré, et une fois assez proche d'elle, je ralentis avant de lui parler, d'une voix toujours douce.



« Reika, attends … S'il te plaît ... »


Je reprenais mon souffle quelques secondes, avant de 'm'approcher sans réfléchir. J'allais céder. Ce que j'avais voulu faire depuis un moment, j'allais le faire maintenant. Je la pris doucement dans mes bras, face à elle, sans trop serrer. Je voulais faire en sorte que mon étreinte soit la plus réconfortante et la plus apaisante possible. Je lui murmurai quelques mots supplémentaires. Encore une fois, vu d'un autre point de vue, cette scène était très ambiguë.


« Je n'ai pas peur de Deadly. Tu ne me feras pas de mal, Reika. Ni toi, ni elle. Je sais me défendre, contre des personnes armées ou non. Je saurai gérer ça, c'est promis. Alors s'il te plaît, ne te renferme pas, ne me fuis pas. C'est la seule et unique contrepartie que je te demanderai, en échange de mon temps. Rien ne t'y oblige, et de toute façon, je m'accrocherai. Je suis têtue, alors même si tu me fuis, je serai toujours dans ton sillage. »


Je la gardai contre moi encore un peu. Elle n'avait sûrement que peu reçu de marques d'affection comme celle-là. Peut-être que cela la dérangeait, mais si elle le souhaitait, elle pouvait se dégager comme et quand elle le voulait. J'avais certes forcé la chose, mais je ne l'empêchais pas de s'échapper. Mais au final, ce fut moi qui brisai l'étreinte, la laissant libre de mes bras. Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais les larmes aux yeux. Si elle ne le voyait pas, du fait de la pénombre, cela avait peut-être dû s'entendre un peu dans ma voix, même si j'avais prononcé ma tirade dans un souffle, un murmure qui n'était dédié qu'à elle, et elle seule. Je me fichais comme de l'an mille d'être dans cet état émotionnel. Je voulais juste que Reika accepte mon aide. Je voulais lui offrir cette vie que je me suis promis de lui donner. Je voulais la voir sourire et être heureuse. Que ce soit moi qui l'ait aidée, Missa ou n'importe qui, ce n'était pas important. Je ne cherchai pas la gloire ou la fierté de dire « c'est grâce à moi ! ». Je recherchais simplement la satisfaction et le bonheur de voir sa protégée vivre pleinement sa vie, dans le bonheur le plus parfait pour elle. Je souris discrètement. Oui Reika, je voulais que tu sois heureuse, et que ton passé ne soit plus qu'un mauvais souvenir … Nous y arriverons, ensemble, tu verras … Je repris d'une voix normale, un peu enjouée, toute trace de mon émotivité effacée.


« Allez, on a encore un peu de marche à faire … Tu es à quel bungalow ? »


Je me doutais fortement que le moment d'intense proximité que nous venions de passer allait la perturber et la laisser perplexe. Je m'attendais à être interrogée là-dessus, alors je me préparais psychologiquement à devoir répondre de mes actes irréfléchis et risqués … Advienne que pourra ...

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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

MessageSujet: Re: Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin} Jeu 24 Juil - 17:37




Ma tête… Ma tête… Elle commençait à me faire mal. Un horrible sifflement parvenait inlassablement à mes oreilles. Cette fois-ci j’en étais sure : Deadly s’apprêtait à apparaitre pour tuer l’éducatrice. Je devais absolument l’en empêcher et pour cela je devais partir le plus loin possible, m’isoler le temps de calmer la colère et la haine de ma double-personnalité parasite. Il faut faire vite mais j’ai du mal à réfléchir avec ce bourdonnement incessant. Où pourrais-je aller si le bungalow est occupé par ma colocataire ? Je ne veux faire de mal à personne.

L’éducatrice semble me parler et me tend un papier. Dessus, j’ai l’impression que les chiffres bougent et s’amusent à se mélanger, m’en empêchant ainsi la lecture. Je commence à avoir chaud, j’ai envie de vomir. Deadly je t’en supplie reste où tu es, n’apparait pas pitié. Rangeant le papier dans la poche arrière de mon jean, je continue d’avancer comme je peux. Le sol bouge t’il sous mes pieds ou est-ce moi ? Est-ce Eirin qui parle ? J’entends des voix mais c’est confus. Je ne comprends pas ce qui est dit. La jeune femme était bien en face de moi. Nous étions sur l’allée menant aux bungalows. Elle m’avait donc suivi ?

L’idiote, elle ne savait pas à quoi elle s’exposait. Si je lui faisais du mal, je ne me le pardonnerai jamais comme je ne me suis jamais pardonné pour toutes mes autres victimes, en particulier mes parents. Je ne veux plus jamais revivre tout ça. Reprendre conscience dans le sang d’un inconnu, découvrir son cadavre avec une expression de détresse encore emprunte sur son visage. Je ne peux plus le supporter. Je vous en supplie, que quelqu’un m’aide. C’est un poids que je porte sur mes épaules depuis bien trop longtemps. Si quelqu’un entend mon appel, qu’il fasse quelque chose.

Soudain, alors que je m’apprêtais à tout envoyer en l’air pour en finir une bonne fois pour toute, je sentie une étreinte. Elle était chaleureuse, tellement agréable. Je m’y abandonne. Quelqu’un aurait enfin entendu mon appel ? Je ne savais pas qui c’était mais je le remercie tellement. Pour la première fois depuis longtemps, je sentais une présence amicale et réelle à mes côtés. Sa chaleur, son odeur, ses mots.


« Je n'ai pas peur de Deadly. Tu ne me feras pas de mal, Reika. Ni toi, ni elle. Je sais me défendre, contre des personnes armées ou non. Je saurai gérer ça, c'est promis. Alors s'il te plaît, ne te renferme pas, ne me fuis pas. C'est la seule et unique contrepartie que je te demanderai, en échange de mon temps. Rien ne t'y oblige, et de toute façon, je m'accrocherai. Je suis têtue, alors même si tu me fuis, je serai toujours dans ton sillage. »


Eirin, c’était Eirin. Le mal de tête diminue légèrement et je comprends de nouveau ce qu’elle me dit. Des larmes commencent à perler le long de mes joues. Je devais avoir l’air si misérable et pitoyable en cet instant. Moi qui ne voulais pas susciter la pitié, je faisais décidément tout pour. Je ne sais pas pourquoi elle m’avait ainsi prise dans ses bras pour m’offrir son étreinte protectrice alors que je pourrais la tuer à tout moment. C’était très risqué et pourtant… La douleur s’effaçait, le bourdonnement avait disparu lui aussi. C’est bien étrange, je n’ai jamais pu contenir Deadly avant ce jour. Il y avait bien eu ce jour avec Missa où j’ai pu la forcer à partir mais jamais je n’ai pu l’empêcher de partir.

Alors cette femme était réellement celle qui pourrait m’aider ? Après toutes ces années, j’aurai enfin trouvé une porte de sortie ? Mon calvaire prendra-t-il fin bientôt ?


« Eirin… Tu dois m’aider… et réussir… Je vais devenir totalement folle si ça continue… »


Ma voix était faible et je hoquetais encore à cause de pleurs. Tout autour de nous, le silence de la nuit nous enveloppait, me permettant ainsi d’être audible. Je reste ainsi dans ces bras un long moment, prenant de longues respirations, calmant ma douleur et ma folie. Mes pleurs avaient cessés et je me sentais apaisée. Je savais pertinemment que ça ne durerai pas mais je voulais en profiter et me laisser aller un moment dans cette douce illusion.


« Allez, on a encore un peu de marche à faire … Tu es à quel bungalow ? »


« Le numéro 8 en face de nous. »


Je l’ai alors enfin lâché et me suis avancée vers la petite maison de bois. Les lumières étaient éteintes et je voyais par la fenêtre une touffe de cheveux blond dépasser de la couette du lit de mon amie. Missa semblait y être et dormait déjà. Je n’avais plus à craindre de lui faire du mal, à elle ou à quelqu’un d’autre. Je me sentais mieux désormais. C’était décidé, pour le moment, je voulais faire entièrement confiance à Eirin. Je le sentais, même si elle ne réussit pas, elle pourra m’aider à avancer.


« Il est tard, je ferai mieux d’y aller… »


J’avance lentement vers mon bungalow, grimpant l’escalier d’une traite le plus silencieusement possible pour éviter de réveiller Missa. Mais une fois sur le palier, je me retourne vers la femme aux cheveux roses, les joues en feu.


« Tu ne diras à personne que j’ai pleuré hein ?... »

Enfin sans attendre plus longtemps sa réponse, je détourne mon regard encore rouge et rentre dans ma chambre. En fermant la porte derrière moi, j'y colle mon front en soupirant. Je l'ai échappé belle aujourd'hui. Je lâche un soupire et pars me coucher sans même me changer.


FIN





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Je peux manger?... {PV Eirin Stegalkin}

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